Association ProgLaVie - Benoît Herr

 

ex-président de l'association

Je n'ai découvert le Rock Progressif qu'au début des années 90.

Et pourtant, j'ai eu la chance et le privilège de voir par exemple le Gab sur scène. Pas celui d'aujourd'hui, avec sa barbiche, sa calvitie et sa musique électronique… Non non, celui de 1975, avec son blouson de cuir, ses lunettes noires et son agneau, lorsque l'effet des stroboscopes nous faisait croire qu'il avait le don de se dupliquer, ou qu'il apparaissait à la sortie d'une immense saucisse de papier japon, en compagnie de ses amis Steve Hackett, Tony Banks, Mike Rutherford, et aussi Phil Collins (qui n'avait pas encore conclu d'accord avec Royco et Knorr pour fabriquer de la soupe instantanée) à l'occasion de la tournée "The Lamb Lies down on Broadway". Pas né de la dernière pluie comme vous pouvez le remarquer, j'ai aussi eu la chance et le privilège d'assister à de nombreuses autres prestations scéniques antédiluviennes de dinosaures tels que le Floyd lors de sa tournée "Wish you Were Here", Yes, Van der Graaf Generator, Jethro Tull (époque "Aqualung") Emerson Lake & Palmer (époque "Trilogy") et même Nektar et son fameux Liquid Light Show.
Alors comment se fait-il que j'affirme avoir découvert le Rock Progressif tardivement ? Tout simplement parce qu'à l'époque on n'appelait pas ça "Rock Progressif". Nous n'utilisions pas d'étiquette, de case, de tiroir... Il s'agissait de musique, tout simplement. C'était surtout NOTRE musique. Celle que nous aimions et qui nous correspondait. Celle qui déclenchait chez nous des émotions fortes! La locution "Rock Progressif", étiquette inepte que j'abhorre, m'est apparue bien plus tard, lorsque je suis sorti de ma "traversée du désert musical". Car le punk et la Cold Wave sont venus tout bouleverser et annihiler les efforts de toute la décennie dorée que nous avions connue. J'ai bien tenté de "faire comme les copains" et de m'intéresser à ce nouveau genre musical. Mais en dehors de groupes exceptionnels comme The Clash, pour les textes de qui j'avais un intérêt intense (plus que pour la musique), je n'arrivais pas à trouver ce qui sortait alors audible.

Au début des 80s, il y a bien eu les tenants du mouvement de ce qui était devenu le "Progressif", comme Marillion ou Saga, mais leur diffusion était alors tellement confidentielle, et mon entourage tellement persuasif quant au bien fondé du néo-punk et de la new-wave, que j'ai fini par me tourner résolument vers… le jazz et la musique classique. Ah il s'agit là de genres extrêmement intéressants à explorer, et j'avoue avoir pris quelques pieds assez intenses lors de concerts ou d'écoutes de la 9ème de Beethoven, du piano de Michel Petrucciani ou du sax de Dexter Gordon par exemple. J'en écoute d'ailleurs encore aujourd'hui. A doses moindres certes, mais j'en écoute.

Mais au fond de moi, je restais profondément, viscéralement, attaché à ce rock symphonique, mélodique, virtuosique, atmosphérique, aérien, souvent harmonieux, parfois pompeux mais toujours tellement fort émotionnellement, que lorsque j'ai découvert, au début des 90s, que non seulement cette musique avait survécu mais qu'en plus les formations des 70s avaient fait des petits, mon bonheur a été sans limite. Mais voilà: c'est très bien d'écouter des CD tout seul dans son coin. Seulement notre musique est avant tout une musique de scène, qu'il faut sentir parce qu'elle bouge, qu'elle est vivante. Et là j'avoue qu'à l'époque c'était le grand désert! Il y avait bien eu l'aventure du "143", rue de Bercy et de l'association Entr'rock'n'roll, à laquelle a pris part notre ami Marc Moingeon, mais moi, je n'en avais pas connaissance, à l'époque.

Et puis un jour, voilà que je tombe sur une pub pour un concert au Théâtre Dunois, organisé par une obscure association ProgLaVie. J'ai assisté au spectacle, l'ai trouvé formidable, ai salué l'initiative de cette association en mon for intérieur, et depuis ce jour, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, je n'ai pas raté un seul des concerts organisés par ProgLaVie, qui a connu des hauts et des bas au fil des échecs et des réussites de ses concerts, eux-mêmes ayant une influence majeure sur l'humeur et l'état psychologique du principal acteur de l'association, un certain Christian Aupetit. Aujourd'hui, les choses ont évolué. Je me suis naturellement rapproché de Christan Aupetit, et reste toujours viscéralement attaché à ce que NOTRE musique survive, perdure, et continue à nous donner du plaisir et des émotions jusqu'à la fin des temps. Il faut aussi détecter et tenter de donner leur chance aux nouvelles formations, naturellement et forcément absentes des circuits du "show biz", en les faisant découvrir au public. Tâche ingrate, ardue et risquée… mais c'est quand même pour cela que je suis membre de ProgLaVie.

La Nature m'a fort heureusement doté de cinq sens, sans me priver d'aucun d'entre eux, mais depuis que je suis haut comme trois pommes, je me demande duquel je pourrais le moins me passer. Ce serait certes extrêmement handicapant de ne plus rien y voir, par exemple. Mais je pense que je préférerais encore cela à ne plus pouvoir écouter les Flower Kings, Ozric Tentacles, The Enid, IQ, Moongarden, Quidam, King Crimson, Archive, Simon Says, A.C.T., Stratovarius, Mostly Autumn, Craig Armstrong, Ars Nova, Pär Lindh, Tempano, Magma, Hawkwind, ou encore D-Sound, Therion, Karmakanic, After Forever, OSI, Xinema, Genesis, Gentle Giant, Eloy, Versus X, Pallas, Anekdoten, Karnataka, Anglagard, Can, Amon Düül, Galahad, et aussi Glass Hammer, Lacrimosa, Taal, Uriah Heep, Rachel's Birthday, Mangala Vallis, Dream Theater, Porcupine Tree, High Wheel, Jadis, Pineapple Thief, RPWL, Spock's Beard, sans oublier Within Temptation, Pendragon, Iconoclasta, Seven Reizh, Symphony X, Gordian Knot, Oxygene8, … Et de les voir sur scène, en plus, c'est extraordinaire!


Benoît Herr, Président actuel